Le monde est messy. La complexité, c’est encore un concept propre ; le réel, lui, est un bazar. Imprévus, ratés, épiphanies.

Face à ce bazar, l’époque semble avoir trouvé sa réponse : produire de l’intention. Des plans qu’on élabore, des chartes qu’on signe, des stratégies qu’on donne à manger aux IA. Beaucoup d’énergie, beaucoup d’argent, beaucoup d’ambition. Et ce qui advient est trop petit, trop tard, de travers, parfois à rebours de ce qu’on voulait.

Ce mal porte un nom ancien : le docétisme. Une vieille hérésie qui tenait le corps pour une illusion et l’esprit pour suffisant. Nos organisations sont docètes. Elles croient qu’une intention bien formulée vaut déjà quelque chose.

Une intention sans corps est une hypothèse qui fait la belle.

Notre thèse tient en un mot, et c’est lui qui fait avancer la choucroute : l’incarnation.

S’incarner, c’est apparaître. La forme, l’image, le geste visible sont la peau des intentions : c’est par eux qu’elles entrent dans le monde. Une stratégie commence à exister le jour où elle se matérialise, où elle produit des effets dans le réel.

S’incarner, c’est aussi se cogner au réel, aux autres, à ses propres limites. Être incarné, c’est être fini, singulier, exposé. L’incarnation est donc friction, et c’est dans cette friction que les choses prennent potentiellement toute leur valeur.

Incarner ou ne pas le faire, cela compte aussi. Nos abstentions, nos renoncements, nos reculades, nos bifurcations : tout cela aussi finit par prendre corps, dans le creux de l’espace laissé à une nature qui a toujours horreur du vide.

Brainergy réunit la pensée, la recherche, l’art, la stratégie, l’expérimentation et la fabrication, pour un seul métier : faire atterrir les intentions dans le réel. Les éprouver, les prototyper, les rendre visibles, avec celles et ceux qui devront les porter. Décider avec. Faire avec.

C’est là que naît la valeur. Symbolique, de lien, business, d’impact. Mesurable dans les chiffres, visible dans les gestes.

Rumi disait : l’homme est regard, le reste n’est que chair.
Nous ajoutons : un regard doit créer, donc incarner.
Le reste n’est qu’intention.

Rachida Bouaiss — Brainergy, octobre 2026

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Messy Manifesto ?

C’est le manifeste de Brainergy, écrit par Rachida Bouaiss et publié en octobre 2026. Il part d’un constat, le monde est messy, nomme un mal, le docétisme ou l’intention sans corps, et pose une thèse : l’incarnation. Il dit enfin le métier de Brainergy : faire atterrir les intentions dans le réel.

Que veut dire « messy » ?

Désordonné, contradictoire, imprévisible, parfois franchement bordélique. Bref, vivant. Brainergy préfère ce mot à celui de complexité, qui reste un concept propre : le réel, lui, est un bazar, fait d’imprévus, de ratés et d’épiphanies.

Qu’est-ce que le docétisme, et pourquoi ce mot ?

Le docétisme (du grec dokein, « paraître ») est l’une des premières hérésies chrétiennes. Ses partisans soutenaient que le Christ n’avait pas réellement pris chair : il n’aurait eu qu’une apparence de corps, puisque le divin ne pouvait, selon eux, se compromettre avec la matière, souffrir ni mourir. L’Église l’a rejeté en affirmant que le Verbe s’est réellement fait chair. Le parallèle avec les organisations est le suivant : beaucoup raisonnent en docètes. Elles placent l’essentiel dans l’esprit d’une stratégie, sa vision et sa formulation, et traitent sa mise en œuvre, c’est-à-dire les personnes, les gestes et les moyens, comme une enveloppe secondaire, un détail d’exécution. Pour Brainergy, comme dans le débat théologique, c’est au contraire l’incarnation réelle qui décide de tout.

Qu’entend Brainergy par incarnation ?

Une intention incarnée, c’est quelque chose qui existe et qui change l’affaire : plus de lien, plus de business ou de performance, plus d’impact. On la reconnaît à des signes concrets : des décisions qui s’alignent, des offres, des expériences et des services concrets, des personnes qui se l’approprient et savent en parler avec leurs propres mots. Et surtout du résultat : du ROI ou, a minima, du ROO (retour sur objectifs).

Pourquoi le manifeste ne s’attaque-t-il pas à l’apparence ?

Parce que s’incarner, c’est apparaître. L’apparence est une forme d’incarnation : la forme, l’image et le geste visible sont la peau des intentions, c’est par eux qu’elles entrent dans le monde. D’où l’importance que Brainergy accorde au travail sur l’image et sur la forme.

Quel rôle joue la friction ?

S’incarner, c’est se cogner au réel, aux autres et à ses propres limites. L’incarnation est donc friction, et c’est dans cette friction que les choses prennent potentiellement toute leur valeur. Le manifeste ajoute que nos abstentions, renoncements, reculades et bifurcations finissent eux aussi par prendre corps.

Comment Brainergy fait-il atterrir les intentions dans le réel ?

En les éprouvant, en les prototypant et en les rendant visibles, avec celles et ceux qui devront les porter : décider avec, faire avec. Brainergy réunit pour cela la pensée, la recherche, l’art, la stratégie, l’expérimentation et la fabrication. Sa méthode WYTIWYS Thinking (What You Think Is What You See) donne une forme sensible à une pensée exigeante, pour qu’on puisse la traverser, la ressentir et l’emporter.

De quelle valeur parle le manifeste ?

D’une valeur sous 4 formes : symbolique, de lien, business et d’impact. Elle est mesurable dans les chiffres et visible dans les gestes. Pour Brainergy, toute valeur naît de ce qui s’incarne.

Pourquoi le manifeste se termine-t-il sur Rumi ?

Le poète persan Rumi a écrit que l’homme est regard et que le reste n’est que chair. Le manifeste lui répond qu’un regard doit créer, donc incarner, et que le reste n’est qu’intention.