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On ne t'a pas demandé ton avis !

Innover dans les approches pédagogiques universitaires ? Et si on demandait aux étudiants ce qu’ils en attendent…

31 janvier 2016 - Blabla au passage -

source du savoirMon amie Laila, Digital Coach & Life Learner, dont vous pouvez lire les très intéressantes analyses ici, a partagé cette image sur son profil FB. Le commentaire me rappelle le bon souvenir des récents travaux remis par des étudiants que j’ai eu le plaisir de former aux techniques d’études qualitatives dernièrement.

Je dois dire que ces étudiants ont livrés un très bon travail d’analyse et de réflexion et au-delà d’avoir démontré leurs capacités à mener une analyse comme de bons apprentis chargés d’études, ils ont livrés des enseignements que je serais bien égoïste de ne garder que pour moi !

Un point méthodo avant de vous livrer un aperçu du fruit de leurs réflexions :

  • Début d’année, les étudiants sont invités à rédiger un petit texte, selon la méthode des « récits de vie », en réponse à la consigne ouverte suivante : « parlez-moi d’un sujet qui vous plait ».
  • Les textes sont anonymes et chacun est donc libre de traiter du sujet qu’il souhaite, tel qu’il le souhaite. Je récupère les textes, et les ressors quelques 10 séances plus tard, pour mettre en pratique les techniques d’analyse de contenus et de construction d’un rapport d’étude que j’ai tenté de leur transmettre. La consigne cette fois est plus précise : « comment s’inspirer des centres d’intérêts des étudiants pour proposer des approches pédagogiques innovantes ? ».
  • Ils travaillent en mini-groupes composés de manière aléatoire et livrent quelques séances plus tard leurs analyses, résultats et recommandations, à l’occasion d’un exercice de présentation orale .

C’est donc le fruit de leurs réflexions et suggestions — assorti de mes propres remarques et réflexions complémentaires — que je souhaite partager avec vous ici.

Pour commencer, prenez donc une bonne trentaine de textes, écrits le plus librement possibles, par des jeunes de 19 à 21 ans, sans consigne particulière hors mis celle de parler d’un sujet qui leur plait, cela vous donne un bon contingent de textes dédiés à la musique, au cinéma, aux séries TV, aux voyages, aux activités type danse ou sport. Ici et là se baladent des textes un peu plus atypiques : certains choisissent de parler « apparence » à travers l’évocation d’une marque de cosmétique « bio » ou de tatouage, d’autres encore de pâtisseries ou de jeux vidéo ; là où d’autres enfin, décident au choix de livrer un plaidoyer contre le recours massif aux ordinateurs dans l’apprentissage et la célébration du bon vieux papier / stylo, de carrément se livrer à un exercice poétique en livrant un récit totalement onirique, ou encore d’assumer un droit à la paresse et au manque d’inspiration, justifiant de me livrer une page pleine de « non vraiment, je ne vois pas de quoi je pourrais parler » masquant à peine le plaisir d’écrire pour le simple plaisir d’écrire.

Aux commandes de l’analyse, les mêmes qui à présent doivent prendre du recul sur les textes de leurs camarades, pour essayer d’en extraire des « enseignements clés » censés en dire long sur les centres d’intérêt des étudiants et surtout permettre de trouver des axes pour booster un peu les approches pédagogiques à l’Université.

En substance cela nous donne cela :

I| Quels centres d’intérêts et quelles pratiques chez les étudiants ?

Majoritairement des activités liées à la « culture » au sens large : du cinéma (grand public ou indépendant) à la télévision, en passant par la musique, la danse, les cultures étrangères (asiatiques, latines), l’histoire, la lecture ou les langues étrangères. Soit des étudiants massivement investis dans des pratiques dites « ludo-culturelles » puisque musique, cinéma et séries US occupent une place dominante dans les récits livrés par les étudiants.

Totalement « dévoués » à leur « passion » puisqu’elles occupent le gros de leur temps libre (jusqu’à 6 heures d’écoute musicale par jour chez certains !), et beaucoup d’activités solo, au chaud chez soi (séries TV, jeux vidéo, lecture (si si, ils lisent et aiment cela vraisemblablement !!)…bien que beaucoup valorisent le partage et le collectif pour les activités s’y prêtant le mieux (concerts, spectacles, voyages). Une forme d’ambivalence dans le besoin de solitude revendiqué à part égale avec le besoin de partage et de communauté qu’ils analysent sans plus de formalisme comme deux besoins complémentaires et non antagonistes. On retrouve là la dynamique de construction identitaire à l’œuvre chez les jeunes adultes où « je » se construit dans un aller-retour incessant entre « moi » et « les autres ».

Notons au passage la lucidité de nos chers étudiants, lesquels n’hésitent pas à pointer leur propre « passivité » dans les pratiques qui sont majoritairement les leurs : peu d’activités manuelles, beaucoup d’activités demandant peu d’effort et impliquant une logique de cocooning. En somme une attitude plutôt consumériste que créative, en cela cohérente avec le statut d’une « génération des écrans ».

Enfin, en filigrane à certaines contributions, se dessine un certain traditionalisme, à travers le rejet du tout numérique ou encore l’importance des activités partagées en famille. Mais aussi une certaine sensibilité à l’écologie et à l’économie responsable, à travers un souci environnemental qui s’illustre dans le choix d’une marque de cosmétique et économique dans la revendication d’un intérêt pour le cinéma indépendant en forme de soutien aux « petites productions ».

II| Derrière les pratiques et les centres d’intérêts, des bénéfices variés qui convergent vers la nécessaire dynamique de construction et d’expression de soi

Nous montons en complexité, lorsque sont abordés les motivations et les bénéfices. Aux bénéfices purement hédoniques, se mêlent bien entendu des enjeux identitaires, mais aussi des bénéfices fonctionnels liés à l’apprentissage lui-même !

Je m’explique.

Derrière ces pratiques et centres d’intérêts, il y a bien entendu des enjeux liés à la définition identitaire de soi, notamment par l’appartenance à un collectif « jeunes » et plus spécifiquement à des communautés, notamment de pratiques (jeux vidéo) mais aussi de fans (séries, musiques), ou encore culturelles (voyages). Corollaire à ce besoin « d’appartenir à », nous retrouvons en bonne position le besoin de s’affirmer et d’exprimer à la fois une identité cohérente avec les pratiques et tendances « jeunes », mais aussi un besoin de revendiquer une forme d’ipséité et de singularité individuelle. La pratique du tatouage est emblématique de ce besoin, qui à la fois est une pratique « courante » chez les jeunes, en cela elle signe le souhait d’appartenance à la communauté « jeunes », tout en véhiculant une forme de singularité à travers le choix du motif, qui se doit d’être unique et singulier.

Comme indiqué dès le début, il y aussi, à l’appui de l’intérêt de ces pratiques, un bénéfice purement hédonique, lié au plaisir de l’évasion, de la détente et du divertissement, bénéfice procuré autant par des pratiques de consommation médiatique, que par des pratiques plus expérientielles telles que le voyage ou le geste cosmétique.

Bien entendu, les besoins d’évasion et de détente renvoient aussi à de nécessaires « sas » où l’individu en construction qu’est l’étudiant se ressource et se rebranche sur lui-même, où il évacue stress et tensions accumulés au quotidien. A cet égard, il est intéressant de noter combien le besoin de cocon, de bulle, de retour à soi, voire de solitude est prégnant chez eux. Tout autant que le besoin de ressentir, de vibrer, de se sentir vivant et porté par l’univers investi, quelque que soit la pratique concrète. C’est ici qu’ils livrent l’une de leur réflexion parmi les plus intéressantes : s’évader est-ce si antinomique à la logique d’apprentissage ? à la démarche active de réflexion ? Et bien non selon eux ! Bien au contraire même. S’évader c’est faire appel à son imaginaire, à sa créativité, et donc à sa capacité de réflexion. S’évader en somme, c’est s’ouvrir aux autres et au monde, par les voies de l’imaginaire et du divertissement, c’est s’interroger et réfléchir sans trop d’esprit de sérieux, c’est se questionner et questionner le monde sans même en avoir l’air. C’est réfléchir avec plaisir, c’est se faire plaisir tout en s’enrichissant et en apprenant. Or s’enrichir et apprendre, n’est-ce pas la raison d’être d’une formation? C’est donc bien ici que notre sujet trouve à se lier de la manière la plus évident et explicite avec l’enjeu pédagogique : nos étudiants investissent tout autant ces pratiques pour des raisons identitaires et hédoniques, que pour apprendre, découvrir, se cultiver. Mais cela semble passer par un changement de statut du savoir qui d’objet d’apprentissage devient objet de culture. Comme le résume l’un des groupes : « les étudiants ne veulent plus apprendre, ils veulent se cultiver ».

Car certes, on se détend, on consomme les produits ludo-culturels que tout jeune se doit de consommer (séries, musique, spectacles ou concerts, etc.), mais on en profite aussi pour apprendre et se cultiver ! Avec les séries, que tous regardent en VO, c’est son anglais qu’on travaille. Avec les voyages, c’est la découverte d’autres cultures qui est en jeu tout autant que la capacité exercer son esprit critique au contact de la diversité des valeurs et pratiques culturelles. Avec la musique, on discute, on partage, sur les réseaux sociaux mais aussi avec ses proches, et l’on se forme d’une certaine manière à l’art de la discussion, du débat et de l’argumentation.

III| Quelles leçons en tirer pour renouveler les approches pédagogiques, ou du moins plus modestement, gagner en capacité à motiver et impliquer les étudiants ?

Pour les étudiants ayant livrés leurs analyses et réflexions, il donc est évident que leurs centres d’intérêt ont de près ou de loin un rapport avec ce qu’ils attendent de leur formation (universitaire, ici).

Après les avoir écoutés me dérouler leurs analyses et arguments, c’est non sans surprise que je constate une forme de décalage dans le rôle de l’Université, entre le potentiel d’accompagnement à devenir soi — qui semble être une attente exprimée en creux par les étudiants — et la réalité des pratiques, du moins telle qu’elle est ressentie et restituée par les étudiants. Ces derniers passent le plus clair de leur temps sur les bancs de la fac à tenter (pour les plus motivés et consciencieux d’entre eux) d’ingérer une masse de connaissances dont ils peinent vraisemblablement à percevoir l’intérêt par manque de prise avec le réel et avec leurs préoccupations d’individus en construction. Découverte, ouverture, partage, interaction, expression, sont les maîtres mots qui jalonnent leur contribution. Bien loin de l’image un peu apathique de l’étudiant à moitié somnolent en classe, ils revendiquent un véritable appétit pour l’apprentissage, une soif à s’exercer, à se confronter au monde réel, quitte à devoir trouver des supports ou des environnements jugés plus propices à cela en dehors de l’université. Mais ils restent malgré tout convaincus que l’université peut évoluer pour devenir un véritable lieu d’apprentissage actif et dynamique, contribuant certes à transmettre des savoirs et des connaissances théoriques, mais aussi à transmettre des savoir-faire et même du savoir-être, pivots essentiels à la fois d’un individu pleinement construit mais aussi et surtout d’un individu prêt à affronter le marché du travail.

« Les étudiants n’aiment pas assister passivement à un cours, ils préfèrent être actifs. Curieux et enclins à partager, ils seront motivés par des activités dynamiques, porteuses de valeurs et ludiques. »

Pour boucler la boucle, petit tour d’horizon de leurs recommandations destinées à sortir d’un schéma qu’ils jugent improductif et qu’ils décrivent en ces termes : « méthode classique ennuyeuse et trop scolaire = étudiants démotivés et digestion des connaissances difficile ». Schéma auquel ils proposent de substituer une dynamique plus vertueux et utile à leurs yeux : « proposition de méthodes dynamiques en lien avec les pratiques culturelles des étudiants = étudiants plus motivés et enclins à travailler et meilleure assimilation des connaissances »

Deux enjeux me semblent être clé : contrer la routine et le manque d’intérêt apparent pour les connaissances transmises & accompagner le jeune adulte en construction et le préparer pleinement à la société qui l’attend en tant qu’individu, salarié ou entrepreneur, et citoyen.

1/ Contrer la routine et le manque d’intérêt apparent pour les connaissances transmises : place à l’interactivité, les cas concrets, l’échange, la découverte et stimulation !

Notons avant tout chose, que nos étudiants ne sont pas des révolutionnaires et restent attachés à l’encadrement dont ils bénéficient actuellement. Ce cadre, me semble être fondamental dans un processus de construction, mais il semble devoir être le support qui projette l’étudiant dans la connaissance théorique et pratique des métiers auquel il se forme. Inutile de les paraphraser, voici donc ce qu’ils en disent :

« Les étudiants veulent de l’innovation dans les méthodes tout en restant dans le cadre scolaire traditionnel. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne souhaitent pas tous être à la « pointe technologique ». Beaucoup ont peur de l’inconnu, ils aiment avoir leur cocon et trouver une certaine douceur autour d’eux. Mais ils veulent être libres et non se sentir enfermés dans des règles préétablies. Laisser les étudiants s’exprimer, notamment avec des ateliers de débat, des lieux calmes où ils puissent se poser et réfléchir sont les bienvenus aussi »

« Il est nécessaire de sortir du carcan traditionnel de l’apprentissage théorique et magistral pour aller vers des activités plus interactives et ouvertes sur le monde, en faisant appel à la créativité de chaque individu. Pour cela, il faut changer de pédagogie pour aller vers un mode d’apprentissage plus ouvert et adapté à l’étudiant ou celui-ci est plus impliqué et a plus de liberté dans un cadre défini. Il faut pour cela valoriser l’étudiant et s’intéresser à ses champs de connaissances à travers les instituions. »

Concrètement, il s’agit de mettre de la vie, du concret, du débat, de l’esprit critique, du jeu, dans le processus d’assimilation des connaissances :

  1. Casser la routine par des changements de lieux, de salles, sortir des murs de l’université : revoir la configuration des salles pour un design de l’espace plus propice à l’échange et à l’interaction et pas seulement à la réception du cours du prof, découvrir le monde hors les murs de la fac, les entreprises, les associations, afin de sentir et faire le lien entre les enseignements et le monde réel auquel ils sont censés préparer.
    « Faire des cours où l’étudiant se sent impliqué, changer de supports, aménager les espaces, faire découvrir de nouvelles mentalités, le monde professionnel. »
  2. Trouver un meilleur équilibre entre cours magistraux et travaux de groupe : développer l’esprit d’équipe et nourrir le sentiment de fierté lié à la co-construction en commun et surtout l’appropriation des connaissances en « mettant les mains dans le cambouis »
    « Les étudiants sont généralement ouverts et prêts à plonger dans la découverte et la pratique pour se cultiver. Ils aiment participer et apprendre en mettant la main à la pâte. Privilégier la pratique aux cours magistraux, souvent bien trop nombreux. »
  3. Favoriser l’exercice de l’esprit critique au sein même du processus d’assimilation des connaissances et savoirs théoriques : interaction, débats, discussion avec le professeur pour donner corps à la matière enseignée et permettre aux étudiants de mieux se l’approprier
    « Chaque étudiant possède des pistes de réflexions personnelles. L’interaction en cours apporte une pierre à l’édifice de la réflexion du groupe mais aussi de chacun. La méthode serait de construire une réflexion via des séances de débats, efficace et assimilée plus facilement que lors d’un cours magistral seulement ».
  4. Intégrer une dimension plus ludique aussi bien en cours que pour les modalités d’évaluation : à travers des tests, des jeux, des simulations de cas réels, des jeux de rôles
  5. S’appuyer sur des supports audiovisuels et des ressources médiatiques pour délivrer les enseignements et leur donner plus de corps : utiliser la musique, le cinéma, les séries dans l’enseignement des langues ; mais aussi la vidéo pour illustrer des connaissances théoriques (extraits de documentaires, de films, etc…)
    « L’étudiant a besoin d’apprendre mais de façon plus originale, à travers d’autres cultures, la musique, le sport, le support papier ou des adaptations cinématographiques, avoir des vidéos explicatives. »

2 / Accompagner le jeune adulte en construction et le préparer pleinement à la société qui l’attend en tant qu’individu et citoyen : l’université doit davantage devenir un véritable espace de vie collective participant activement à la construction de l’individu et non un simple lieu de passage obligé dans le parcours de formation individuel !

Concrètement, il s’agit de mettre davantage de social, de valeurs, de lien au cœur même de l’espace universitaire en favorisant l’implication de l’étudiant dans la vie collective au sein de l’université mais aussi auprès de la société civile; c’est aussi un appel à remettre le développement personnel et l’épanouissement de l’étudiant au cœur des enjeux

  1. Développer et valoriser la vie universitaire collective et associative : permettre aux étudiants de s’exprimer et d’être plus impliqués dans la vie quotidienne de leur université (de la même manière qu’ils devront l’être au sein des entreprises), en lien avec leur volonté de prendre part au « nous collectif » en tant qu’individu citoyen et engagé.
    « Réunir au sein de l’université des activités communes qui réunissent les étudiants autour de leurs centres d’intérêt pour éviter l’isolement social et ainsi créer une identité commune. Favoriser l’aspect social en dehors des salles de classe. Trouver le moyen de s’exprimer et de construire son rapport à soi par le biais d’associations ou d’ateliers. »
  2. Proposer des activités qui s’adressent davantage à “l’individu” qu’à “l’élève” : que ce soit en lien avec leur bien-être et leur équilibre personnel ou leur appétit de découverte et d’enrichissement culturel
    « On ressent un besoin d’immersion lors de la pratique de leurs activités quotidiennes (extrascolaires), une volonté de faire corps avec l’univers qu’ils construisent. Ils semblent en demande de nouveautés, de défis, et de découvertes, ils ont besoin de s’évader, quitter la réalité du quotidien et ses contraintes et évacuer les émotions négatives ainsi que le stress (vie étudiante, transports, contraintes). Des activités dans le cadre de l’IUT comme le yoga ou les voyages qui favoriseraient le développement de soi et le bien-être. »
  3. Intégrer l’angle des valeurs dans la mise en perspective des enseignements délivrés et des activités proposées aux étudiants : par exemple, intégrer davantage les problématiques environnementales et de responsabilité sociale dans l’enseignement.
    « Les étudiants sont prêts à s’investir et à s’engager au nom de valeurs. Un apprentissage tiré par des valeurs serait motivant pour eux. »

*

Mon sentiment à l’issue de cette petite immersion dans le système d’attentes exprimées par les étudiants inscrits à l’Université ? Le modèle qu’ils semblent invoquer de leurs vœux existe à n’en pas douter, y compris en France, où il me semble trouver à s’incarner dans le modèle pédagogique et organisationnelle des Écoles de Commerce.

Pour avoir aussi bien fréquentés les bancs de la fac qu’un programme d’école de commerce, il est clair qu’il y a deux poids et deux mesures, deux mondes très différents, dont l’un, celui de l’école de commerce, me semble en effet plus en phase avec le modèle attendu par les étudiants…Mêlant théorie et pratique dans une approche qui se veut plus pragmatique et plus propice à préparer les étudiants au monde de l’entreprise…Tout en proposant une vie collective très dynamique à travers les multiples activités et évènements notamment proposés par les BDE et autres associations abritées par l’école. Oui mais cela à un prix. Et même si les Écoles de Commerce semblent commencer à peiner face à la baisse des financements de la part des CCI et entreprises, l’université est encore plus à la peine, avec un manque en financement estimé à 300 millions d’euros pour la seule année 2016 (en cause notamment, la recrudescence des inscriptions, les universités françaises ayant enregistrés une hausse de 65 000 inscriptions en 2015).

La question des financements est clé, cela est évident. Mais elle ne doit pas voiler les enjeux, ni être un faire-valoir pour balayer d’un revers de la main les aspirations des étudiants à plus de concret, plus de partage, plus de créativité et d’implication dans la transmission des savoirs opérée par l’institution universitaire. Et cette attente, à mon sens, est à distinguer des attentes de professionnalisation strico sensus auxquelles les formations en alternance ou par apprentissage tentent de répondre. Car le fond des attentes porte bien sur les modalités de dynamisation des enseignements théoriques, tout autant que sur la capacité de l’institution universitaire à jouer un rôle de coach ou de mentor dans l’évolution et la construction individuelle de l’étudiant. Et cela en gardant bien à l’esprit que le monde de l’entreprise auquel est destiné l’étudiant ne pourra pas se substituer au corps enseignement pour cette transmission de savoir essentielle et fondamentale. Que ce soit par l’apprentissage, l’alternance ou un stage professionnel de 3 ou 6 mois, l’expérience en entreprise sera nécessairement orientée par les besoins opérationnels propres à chaque entreprise et ne saurait offrir un pendant systématique à chaque brique élémentaire de savoir enseigné à l’occasion des cours « théoriques ».

Au final et sous ce prisme, le fond de la revendication des étudiants ne me semble pas si difficile à incarner concrètement, pourvu que l’on envisage effectivement de donner plus de place à l’ouverture, au dialogue, à l’interaction et à l’expérience. Je ne dis pas qu’il faut renverser le bureau du professeur et jeter ses fiches de cours par la fenêtre, ce n’est d’ailleurs pas ce que demandent les étudiants. Mais à l’heure où le savoir théorique est librement accessible à portée de clic, n’est-il pas plus judicieux d’envisager de revoir effectivement les approches non pas pour transmettre simplement une somme de savoir théorique, mais pour en expliciter la portée, le sens et l’usage ? Autrement dit, pour permettre aux étudiants de com-prendre ce dont il est question et non pas seulement de l’ap-prendre. Com-prendre, vous le savez étymologiquement n’est qu’un mot pour dire “prendre avec soi”.

Je laisserais le mot de la fin de M. Benjamin Franklin qui me semble avoir bien résumé l’essence de ce qui fait enjeu dans l’analyse proposée par ces étudiants :

franklin

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